Après les fêtes, faut-il faire jeûner son chien ?

La question est récurrente … faut-il faire jeûner un chien une fois par semaine (par exemple) ?dsc_0176

Soyons donc clair : il n’y a aucune justification nutritionnelle ou médicale ou de prévention pour faire jeûner un chien en bonne santé.

Alors pourquoi cette idée ? Le chien est un animal qui supporte, contrairement au chat, bien le jeûne. Cela tient à leurs origines : le chien a hérité de son ancêtre le loup la capacité à chasser en meute, à attraper des proies de grande taille, et à s’en repaitre, car on n’attrape pas un grand cervidé tous les jours, et les jours de disette sont nombreux dans ces cas-là. La proie consommée, les os étaient enterrés et ressortis pour les jours maigres. Il n’y avait plus de viande dessus, mais parfois encore un peu de moelle osseuse, bien grasse, dedans.

Le chien qui jeûne maigrit évidemment. Un jeûne d’une journée n’a pas de conséquence négative bien visible -pas plus que de bénéfice-. Il fut un temps où les expériences scientifiques ne faisaient pas dans la dentelle, et dans une étude sur le jeûne parue en 1912, un chien a survécu à 117 jours de jeûne (il avait seulement de l’eau à sa disposition) !!!

D’où vient cette adaptation du chien au jeûne ? Le chien a hérité de son ancêtre sa capacité à manger beaucoup, à gloutonner en somme, comme si « mangeons tant qu’il y a à manger, car peut-être que demain il n’y aura rien ». Son comportement s’est certainement renforcé lorsqu’il est devenu chien, commensal de l’homme, qui le nourrissait de ses restes, mais peut-être pas tous les jours !

Mais tout de même, si un chien jeûne plusieurs jours, son tube digestif s’abrase, et en 3 jours les conséquences sont visibles. Les sécrétions digestives diminuent, et avec elles la capacité à digérer correctement. Un chien qui jeûne doit donc être réalimenté progressivement, pas avec un gros repas du jour au lendemain.

Ainsi, si le chien est nourri tous les jours en quantité adaptée à ses besoins, inutile d’obliger à jeûner, même une journée.

On entend parfois que vidanger le tube digestif est utile. Le transit digestif du chien est très rapide, en moyenne 24 à 48 heures. Mais aucun élément objectif ne vient montrer un quelconque bénéfice à cette vacuité, au contraire.

En quelles circonstances le jeûne est-il utile ou recommandé ?

On prescrit un jeûne en cas d’obstruction du tube digestif, en attendant d’opérer. Si la chirurgie n’est pas possible rapidement et si l’obstacle au transit n’est pas trop loin dans le tube digestif, on nourrit avec une sonde digestive.

On peut aussi être amené à prescrire un jeûne de 12 heures avant une chirurgie justement pour diminuer le risque de vomissement durant l’anesthésie, et parfois un jeûne de 24 heures en cas d’intoxication par un aliment, de manière à vidanger le tube digestif, mais une durée supérieure ne se justifie pas.

Dans les cas de pancréatite aiguë, ou d’autre pathologie avec des vomissements persistants très difficile à stopper, on sait maintenant, qu’il est préférable de nourrir en utilisant le tube digestif (en adaptant quantitativement et qualitativement l’alimentation évidemment). Cela améliore et accélère la guérison.

Mais dans la plupart des cas, la réalimentation, progressive, est bien sûr une priorité. En effet, un tube digestif en bonne santé est indispensable à une bonne utilisation des aliments, de la digestion à l’absorption. Un tube digestif non utilisé reprend du service progressivement, les sécrétions digestives reviennent lentement. Or, c’est d’abord du bol alimentaire que les cellules digestives tirent les nutriments dont elles ont besoin. Ensuite, le fait de manger augmente le flux sanguin dans le tube digestif, ce qui participe aussi à la circulation de nutriments dans tous l’organisme.

Alors finalement, on fait quoi après un gros repas bien copieux ? Si un écart a eu lieu, et qu’un repas un peu trop copieux a été donné durant les fêtes, il est en effet utile de faire sauter le repas suivant -tout en laissant de l’eau à disposition-, ou d’alléger les 2 ou 3 repas suivants en donnant la moitié de la quantité habituelle, ce qui sera plus utile qu’un jeûne prolongé.

Références
Axelsson et al., Nature 2013;495:360–364
Freedman et al., PLoS Genet 2014 ;10(1): e1004016.
Howe &
Hawk, Fasting studies VI. 1912
McClave et al., J Parenter Enteral Nutr.1997;21(1):14-20

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