Quelle fréquence du diabète chez le chat en Suède ?

chat diabèteIl est très difficile d’étudier de grandes populations de chats et de les suivre dans le temps pour savoir lesquels vont développer un diabète.

Or, le diabète de type 2, qui atteint le plus souvent le chat, est proche de celui de l’homme, avec des facteurs de risque à la fois génétique et environnementaux, avérés ou supposés, pour certains connus (obésité), pour d’autres mal cernés (alimentation et mode de vie)

L’étude qui vient de paraitre dans le Journal of Veterinary Internal Medicine peut être discutée, mais a le mérite d’être indépendante, et étudier une population très grande.

Deux articles sont issus de cette étude : l’un présentant l’incidence (combien de diabétique dans la population de chats) et les races, le sexe et l’âge les plus à risque (Öhlund et al. J Vet Intern Med. 2015;29:1342-1347) ; l’autre l’impact des facteurs environnementaux, (mode de vie et alimentation) (Öhlund et al. J Vet Intern Med. 2017;31:29-35) .

Le décor : Environ 36% des chats sont couverts par une assurance-santé souscrite par leur propriétaire en Suède. Les chercheurs ont étudié une population de 504 688 chats tous assurés entre 2009 et 2013 par la plus grande compagnie d’assurance pour animaux suédoise, comptant ainsi un total de 1 229 699 chats-années (TCA). Pour avoir un diagnostic de diabète, ils ont proposé un dépistage gratuit à chacun des animaux assurés dès 2008. Mais ils ont inclus dans l’étude uniquement les chats dépistés à partir de 2009 pour éviter les biais d’un surdiagnostic la première année. Chaque chat n’est compté qu’une fois. L’analyse tient compte (étude stratifiée) de la race, de l’âge, du sexe, de l’état corporel et de l’alimentation.

Le constat : l’incidence est de 11.6 cas de diabète pour 10 000 TCA, soit 1 432 nouveaux cas de diabète sur 1 229 699 chats-années. Cette incidence est conforme à d’autres études (Prahl et al., J Fel Med Surg. 2009;9:351-358).

Le diabète a été classé en 4 catégories avec l’incidence suivante : diabète sucré, diabète sucré avec complications (3%), diabète sucré sans complications (4%) et diabète avec acido-cétose (6%).

Les facteurs de risque statistiquement significatifs sont les suivants :

* l’âge : l’incidence du diabète est quasiment nulle chez les jeunes chats et commence à augmenter à partir de 6 ans (7 cas pour 10 000 TCA entre 6 et 8 ans), pour être maximal à 13 ans (avec environ 47 pour 10 000 TCA entre12 et 14 ans) , avec un âge moyen au diagnostic entre 10 et 11 ans.

chat burmese* la race Burmese : les chats de race Burmese semblent avoir un plus grand risque (X5) de diabète, chez le mâle comme chez la femelle, ce qui confirme des résultats antérieurs de prédisposition génétique dans cette race (Rand et al., Aus Vet J. 1997;75:402-405).
En plus du Burmese, d’autres races sont à risque supérieur à la moyenne, une fois éliminé le biais de l’âge : Bleu Russe, Norvégien, Abyssin.
Mais certaines races semblent aussi présenter un risque inférieur : Bengal, Birman, Persan, Ragdoll et British shorthair.

* les mâles ont deux fois plus de risque que les femelles d’être diabétique, sauf chez les Burmese, confortant le fort facteur de risque génétique déjà connu dans cette race.

Les biais :

l’absence d’information sur la castration du chat est un biais, mais si c’est un facteur reconnu de risque de surpoids et d’obésité, ce n’est pas un facteur de risque direct de baisse de sensibilité à l’insuline.

Les croquettes pour Chat sont-elles un facteur de risque de diabète ?

chat croquettesL’étude cas – cas témoins : suite à l’étude de l’incidence du diabète dans la population assurée, les propriétaires des 1369 chats diagnostiqués diabétique ont reçu un questionnaire leur proposant de participer à une grande enquête et 2363 chats d’âge correspondant ont été recrutés parmi les non-diabétiques dans la même base de données pour permettre de réaliser une étude dite cas-cas témoins. Les propriétaires disposaient de 4 mois pour répondre à une questionnaire en ligne.

Les résultats : 2 175 questionnaires ont pu être exploités avec 484 chats diabétiques et 1 691 chats témoins (non diabétiques). Les caractéristiques des propriétaires des deux populations étaient comparables : 84% de répondants sont des femmes, 48% des répondants vivent en ville (200 à 200 000 hab.), 27% dans des grandes villes, 26% à la campagne, 78% des chats vivent avec des enfants dans le foyer et 26% vivent avec une personne vivant seule. Pour les chats : 81% sont des chats européens, les autres de race pure, 56% sont des mâles, 98% des chats sont stérilisés.

Il a été demandé aux propriétaires de chats diabétiques ce que le chat mangeait avant le diagnostic de son diabète. Au moment du questionnaire, 32% des chats diabétiques étaient vivants contre 59% des chats témoins.

Les chats consommant du sec sont 779, ceux consommant humide sont 203, et ceux nourris d’une nourriture mixte sont 1 084. Le chats jugés gloutons sont 334, ceux terminant leur repas en plusieurs heures 203, ceux picorant plusieurs fois dans la journée sont 1 379 et ceux considérés très difficiles 150.

Les biais : toute étude contient des biais qu’il convient de discuter et de prendre en compte pour ne pas avoir un avis trop péremptoire. les deux principaux biais de cette étude sont les suivants :

* l’estimation de l’état corporel, faite par les propriétaires eux-mêmes, et qui ont tendance à sous-estimer l’état corporel excessif de leur chat classant leur chat « en surpoids » dans la catégorie « normal » et leur chat « obèse » dans la catégorie « en surpoids » (nous l’avons nous-mêmes démontré dans une précédente étude – Colliard et al., 2009),

* le groupage des type alimentaire a été fait de la manière suivante : sec (si les croquettes représentent plus de 75% de la nourriture du chat), mixte (pour ceux indiquant moitié-moitié) et humide pour tous les types d’alimentation humide (aliment complet humide, ration ménagère, BARF, cru, proies…) représentant plus de 75% de l’alimentation. Ceci peut représenter un biais, mais correspond tout de même à des pratiques courantes identifiées chez le chat, et donc potentiellement conforme au mode de vie et à la composition nutritionnelle des aliments, d’autant que l’échantillon étudié est grand  (484 chats diabétiques pour 1691 non-diabétiques) et correctement représenté pour une étude cas-cas témoins (parmi tous les propriétaires contactés à l’issue d’une première étude sur l’incidence du diabète dans la population, le taux de réponse fut comparable avec 35% parmi les diabétiques et 32% parmi les non diabétiques).

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